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Histoire de Laignes

Fons Lagnis en 632, Lannia en 1083. Le bourg tire son nom de la rivière qui y prend sa source : la Laigne, cet hydronyme étant lui-même d'origine anté-romaine.

Au coeur de ce gros bourg, le plus peuplé des chefs-lieux du canton de Châtillon sur Seine, la Laigne s'écoule d'un canal aménagé pour former un large plan d'eau qui baigne l'une des façades de la Mairie. Lavoirs et abreuvoirs de naguère ont fait place à des jardins et à des terrasses, mais les truites sont toujours présentes dans les eaux claires du bassin. 

L'origine de cette eau est mal connue. Vient-elle seulement de cette Haute-Laigne qui se perd dans les fissures du plateau calcaire, près de Villaines-en-Duesmois, tout au sud du canton? Des recherches récentes montrent que le réseau hydrographique souterrain est très complexe et que tous les courants s'interfèrent.

L'homme dut s'installer très tôt près de ce remarquable point d'eau qui ne tarit jamais. Les premiers témoins d'un habitat, silex taillés ou polis, tumulus et objets de l'âge du fer, se rencontrent çà et là sur le territoire de la commune. Un four de potier aurait été découvert non loin de la gare. La grande voie romaine d'Auxerre à Langres traverse l'agglomération, son croisement avec la voie d'Alise à Vertault est tout proche. Enfin, de l'époque mérovingienne on connaît un denier, très rare, qui aurait été frappé à Laignes. Une autre monnaie, tout aussi rare, datant de Charles-le-Chauve, est également attribuée à un atelier de Laignes.

Dès la fin de l'époque romaine, où l'histoire se précise, Laignes est inclus dans le Tonnerrois, l'un des "pagi" de la Lingonie, et suivra par la suite le sort du comté de Tonnerre qui passera tantôt sous la souveraineté du roi de France, tantôt sous celle du Duc de Bourgogne. A partir du XVe siècle, les changements se faisant moins fréquents, Laignes appartiendra successivement aux Husson, aux Clermont-Tonnerre, à Louvois et à ses descendants, les Courtanvaux. A la veille de la Révolution, qui rattachera Laignes et les villages voisins à la Côte d'Or, cette petite région dépendait de la province de Champagne, bailliage de Sens, sous bailliage de Tonnerre. Au spirituel la cure de Laignes était au diocèse de Langres, doyenné de Châtillon.

Il serait fastidieux de rapporter tous les sièges, assauts, brûlements et pillages qui se succédèrent depuis les premiers coups de main de la guerre de Cents Ans jusqu'aux derniers affrontements des guerres de Religion. Pour résister, autant que possible, aux armées en campagne, se défendre, surtout, contre les bandes armées, qui ravageaient le plat pays, Laignes s'entoura très tôt de murailles. Il reste peu de chose de cette enceinte, sinon une grosse tour ronde, coiffée de laves, qui flanquait la porte du chemin de Tonnerre.

A quelque distance, hors les murs, se dresse encore la chapelle de la Maison Dieu, sobrement bâtie au XVIe siècle et dernier témoin d'un hôpital dont la fondation au XIIIe siècle est attribuée à Marguerite de Bourgogne. Elle abrite plusieurs tableautins d'art populaire, du début du siècle dernier, faits de papier gouaché et de tissus collés.

L'église paroissiale , sous le vocable de Saint Didier, est un beau monument, du début du XIIIe siècle pour la nef et les collatéraux, avec corniches à modillons, piliers cylindriques et chapiteaux de tradition romane.. La partie haute de la fin du XVe siècle comporte un chœur polygonal et un double transept avec baies à fenestrage flamboyant. Ce double transept que l'on retrouvera à Nicey, à Poinçon les Larrey, ainsi qu'à Montigny, est particulier aux églises du nord du Châtillonnais qui confine à la Champagne Troyenne d'où ce mode de construction est originaire. Il a l'avantage de donner aux fidèles plus de places et celles-ci mieux éclairées, très près du chœur de l'église. La tour du clocher, bâtie sur la croisée, est surmontée d'un toit en pavillon et d'une flèche qui s'élèvent très haut d'un double élan. Le portail, plaqué sur la façade, est de style flamboyant. Tout l'édifice est classé monument historique.

A l'intérieur on admirera : les boiseries Renaissance du chœur, une piscine de même époque, quelques tableaux et , surtout, un bel ensemble de statues des XVIe et XVIIe siècles, toutes en pierre polychrome, en particulier une Sainte Anne et la Vierge, un Saint Joseph et l'Enfant Jésus, une Vierge de Pitié, enfin un buste reliquaire de Saint Bénigne, en bois doré et peint.

La vaste Maison Commune, sur la grand'place du bourg, avec son rez-de-chaussée à arcades qui servait de lavoir, témoigne du bel art de bâtir encore en honneur au milieu du XIXe siècle. Toute proche, la curieuse façade du Café des Chiens est un rare exemple de l'architecture néo-gothique à la mode il y a quelques cent quarante ans. La Naïade - ou la Wouivre? - qui émerge des roseaux à la source de la Laigne incitera le touriste à monter au cimetière où il découvrira l'étonnant tombeau de Marie Husson, la Fileuse, que son fils a taillé dans la pierre pour la représenter dans son occupation habituelle, créant du même coup un chef d'oeuvre de l'art naïf.

Le visiteur se souviendra également que Laignes a donné le jour à André Metthey qui fut, à la charnière des deux derniers siècles, un céramiste très prisé et l'un des maîtres du Modern Style.

La flore et la faune de la région sont particulièrement riches : l'herboristerie, collecte des plantes sauvages, le ramassage de la mousse dans les bois ainsi que le métier de naturaliste préparateur furent longtemps de tradition à Laignes.

Tiré du livre "A la rencontre du Châtillonnais".